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Babi Fat : une vielle dame au cœur d’or

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Âgée de 82 ans, Fatma Khalif Bibi Joomun, affectueusement surnommée Babi Fat, est une figure incontournable à la rue Couvent, Curepipe.
C’est avec un sourire radieux et des propos aimables que Babi Fat m’a accueilli dans sa maison à la rue Couvent, Curepipe.

À la voir, on a du mal à imaginer que cette vieille dame a connu une vie  parsemée d’embûches. Elle a le sourire facile et le sens de l’humour contagieux. Le père de Babi Fat était un Irakien. Ce dernier a épousé une Mauricienne et de cette union sont nés Babi Fat et huit autres enfants. Alors qu’elle était bébé, Babi Fat  le malheur de perdre sa mère.  De surcroît, comme un malheur n’arrive jamais seul, le père de notre interlocutrice a déserté le toit familial peu après. Babi Fat est alors prise en charge par un oncle maternel qui habitait la capitale.

Nostalgie

Âgée de 12 ans seulement, elle a épousé Feu Adam Joomun et a élu domicile à la rue Couvent où elle habite toujours. Ce n’était pas facile pour notre interlocutrice de s’adapter au climat froid de Curepipe, en plus la région où elle habitait était déserte et dépourvue de facilités dont jouissaient les Portlouisiens.

Sa maison était en tôle et l’eau courante était un bien précieux qu’elle devait aller puiser d’une fontaine assez loin de sa maison. Quand il pleuvait, sa maison suintait abondamment. Babi Fat partageait le même toit que ses beaux-parents et ses cinq belles-sœurs. Elle se faisait un devoir de s’occuper avec amour et dévouement de ses beaux-parents et ce jusqu’à leur dernière soupir. Babi Fat se remémore avec nostalgie des bénédictions que ces derniers lui ont accordées. « To pou reste tou letemps heureuse et en bonne santé ». Malgré tous les inconvénients auxquels elle faisait face, Babi Fat répandait sa bonne humeur autour d’elle et vivait en bonne intelligence avec ses voisins de toutes les communautés.

Notre dame de courage a eu onze fils et aujourd’hui deux sont vivants et elle partage le bonheur de vivre avec son fils aîné, Nasser, sa belle-fille et ses deux aimables petits-enfants Jabir et Nasira. Malgré son âge, Babi Fat effectue toujours ses travaux ménagers et prête main-forte à ceux qui ont besoin de son aide. « Ou conné mo content rend service pour le plaisir d’Allah », déclare-t-elle. Pendant le Ramadan, elle prépare des gâteaux tous les jours qu’elle partage avec son entourage. Malgré son âge avancé, notre petite bonne femme manie avec dextérité le téléphone cellulaire, ainsi que la télécommande pour zapper  les chaînes télévisées.

Vie socioculturelle

Tous les matins, sans faute, elle écoute les avis de décès à la radio et s’il y a une mortalité dans les régions avoisinantes, elle accourt pour proposer gratuitement ses services pour le bain (Ghoosul) du mayyat. Elle prodigue aussi des conseils sur les rites funéraires et aide volontairement les proches de la famille endeuillée à préparer le repas. D’après la vieille dame, les jeunes filles d’aujourd’hui ne pensent qu’aux plaisirs mondains. Elles négligent le côté spirituel et les enseignements islamiques sont le cadet de leurs soucis. « Zot bizin apprend cuma baigne mayyat, faire fateha et cone bien les cinq piliers de l’Islam, si sa tendance la continuer, nepli pou ena dimoune pou baigne mayyat »,  affirme notre interlocutrice. Babi Fat est très impliquée dans la vie socioculturelle. Elle ne rate pas les mehfils, la fête de Yaum-un-Nabi et des causeries sur l’Islam.

À une question comment elle a fait face stoïquement aux épreuves de la vie, Babi Fat répond qu’elle a une foi inébranlable en Allah. « Nou bizin plore avec Allah lor nou natTe Namaz parce ki c’est pas humain mais nou Créateur ki ena solutions pou tous nou ban problemes », dit-elle. Elle s’estime privilégiée d’avoir pu accomplir le Hadj. Elle a aussi visité l’île de La Réunion et l’Inde. Son rêve le plus cher est de partir un jour à Bagdad pour rechercher ses racines. Elle est attristée que le pays de Saddam Hussein est sans cesse ravagé par la guerre. Nous ne pouvons que souhaiter bonne santé, bon courage et longue vie à Babi Fat.

Taariq Hussein Dooreemeah

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